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16 juin 2011 4 16 /06 /juin /2011 23:54

Je vais vous conter une bien triste histoire qui, espérons-le, se terminera bien. Voilà une vieille femme de 85 ans –bien que l’espérance de vie des femmes en France croisse, c’est quand même un âge honorable,- qui naquit à Paris dans une famille de juifs ayant quitté les confins de la Russie après la première guerre mondiale. Quittés les marches de l’Empire, laissant derrière eux deux petits enfants morts de la disette.

Le père et la mère suent sang et eaux pour élever leurs enfants et des orphelins, venus aussi de l’ancien empire tsariste.

Arrive la seconde guerre mondiale et l’occupation. La jeune fille, qui deviendra des décennies plus tard la vieille dame, s’engage dans la résistance à 17 ans. Pas n’importe quelle résistance. La résistance armée dans un groupe de combat de l’UJJ-MOI, qu’on appelle parfois la jeunesse communiste juive. Elle y retrouve deux de ses frères, une autre de ses sœurs sauvant les enfants de la déportation en les faisant passer, via des filières, vers la Suisse.

Arrive la Libération. La jeune fille devient monitrice de colonies de vacances où une flopé de résistants apprennent à des gamins qui ont perdu leurs parents en déportation à revivre.

Voilà planté le décor d’il y a presque soixante dix ans.

Aujourd’hui, la vieille dame est pensionnaire d’une maison de retraite dans la grande couronne parisienne. Elle est comme elle est (la vieille dame), mais cette maison de retraite est spécialisée dans la dépendance et Alzheimer, du moins est-ce écrit dans les petits fascicules donnés aux personnes intéressées.

Seulement voilà, cette maison médicalisée se trouve dans un grand parc, et la vieille dame qui fut écolo avant l’heure (toujours se promener, toujours respirer le grand air) va trotter sur la pelouse, s’asseoit sur des bancs. Se perd quelque fois. Ne comprend plus trop ce qui lui arrive. Ces escapades irritent les manitou de la demeure. Pourquoi ? Ne savent-ils pas gérer les Alzheimer fugueurs, comme ils les appellent avec élégance ? Malgré ce qu’ils écrivent dans leurs brochures ?

Ne voilà-t-y pas qu’en cette fin juin Madame le directeur de la maison (je dis le directeur et non pas la directrice, car c’est ainsi qu’elle signe) demande par courrier à la famille de la dame de chercher une autre maison.

On est pantois. Il faut en effet, et c’est absolument normal, présenter un dossier médical pour être admissible et c’est le médecin qui décide de l’admission. Il serait peut être normal qu’un avis médical contradictoire soit donné avant de montrer la porte de sortie à la vieille dame.

Imaginez maintenant l’angoisse de la famille de savoir que l’aïeule est ainsi dans une maison dont les principaux cadres veulent l’avoir dehors (et la voir dehors)….

En fait, on soupçonne que Madame le directeur ne veut pas s’embêter et qua la vieille dame est encore bien trop valide pour elle.

Triste histoire donc, d’autant plus que cette maison de retraite là a une histoire elle aussi. Nous n’en dirons pas plus, laissant Madame le directeur et sa maison dans le plus complet anonymat.

Mais tout cela valait bien un coup de gueule.

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Published by jacky-c-frenezye
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